Vocabulaire de la poésie

Pourquoi ce vocabulaire ?

Pour étudier un poème, on utilise un vocabulaire précis.

Cela permet de bien se comprendre entre élève et examinateur, avec efficacité. Par exemple, plutôt que de parler d'une impression vague du « rythme en deux parties qu'on trouve dans une ligne qui fait douze syllabes », on s'appliquera à évoquer « la césure à l'hémistiche dans un alexandrin ».

Cela montre aussi que vous possédez des connaissances littéraires : lors d'un commentaire de poème à l'oral du bac de français, l'examinateur appréciera par exemple non seulement le fait que vous lisiez correctement ce poème mais que vous puissiez nommer, quand elle existe, une « diérèse pour renforcer l'assonance en « i » à l'intérieur d'un distique ». Ceci renforcera la qualité de votre étude.

Quel vocabulaire doit-on maîtriser au lycée ?

Vous trouverez ci-après une liste de mots et de notions que vous devez pouvoir définir et employer correctement.

Les vers

Un vers correspond à une ligne dans un poème. Le vers est marqué sur la page par un retour à la ligne, conformément à son étymologie. L'origine du mot est en effet le « versus » latin, issu de « vertere » = tourner. Le « versus » est donc le « sillon » que le laboureur trace de façon régulière dans son champ, en revenant à son extrémité comme on revient à la ligne pour écrire un poème. A noter que le vers s'accompagne d'une majuscule à l'initiale en poésie traditionnelle, c'est-à-dire environ jusqu'au début du XXe siècle. On retient également qu'un vers n'est pas une phrase ! Une phrase commence par une majuscule et finit par un point, présentant une cohérence syntaxique. Dans un poème, une phrase peut parfaitement s'étendre sur plusieurs vers ; à l'inverse un long vers peut comprendre plusieurs phrases.

Le vers porte un nom précis selon sa longueur qu'on détermine en comptant le nombre de syllabes qu'il contient. Un vers qui contient un nombre de syllabes pairs (12, 10, 8, 6, etc) est appelé « vers pair ». Un vers qui contient un nombre impair de syllabes (11, 9, 5, etc) est appelé « vers impair ».

Les vers les plus courants sont les vers pairs : l'octosyllabe qui désigne un vers de 8 syllabes, le décasyllabe qui désigne un vers de 10 syllabes et l'alexandrin pour un vers de 12 syllabes. Au-delà de douze syllabes, le vers s'appelle un verset ; c'est le cas par exemple dans les poèmes de Saint-John Perse.

En fin de fiche, vous trouverez la liste de tous les vers nommés selon leur longueur.

La régularité ou non de ces vers est à observer.

Souvent, dans la poésie traditionnelle, les poèmes présentent des vers réguliers. Cela signifie que tous les vers du poème sont identiques en longueur. Ce sont par exemple tous des alexandrins ou bien tous des décasyllabes. Il arrive toutefois que le poème présente une variété de vers, c'est-à-dire des vers de longueurs variées à l'intérieur d'un même texte. Lorsque la longueur de ces vers ne dépassent pas l'alexandrin, cette combinaison de plusieurs vers différents à l'intérieur d'un même poème se nomme une hétérométrie. Ainsi les fables de La Fontaine au XVIIe siècle présentent très souvent une hétérométrie qui sert à créer un certain dynasmisme et à rompre la monotonie des vers réguliers pour rendre la fable plus vivante, plus amusante.

Dans la poésie moderne, à partir du XXe siècle, les poètes s'autorisent à faire des retours à la ligne, c'est-à-dire des vers, mais sans se préoccuper de leur longueur ni même des rimes. Ce sont des « vers libres ».

Autre élément important à étudier à l'intérieur du vers : le rythme. Au niveau lycée, on retient la « césure à l'hémistiche » pour un alexandrin et la notion de « coupe » quand on analyse un vers, quel qu'il soit.

La césure correspond au découpage rythmique fixe d'un vers. Ainsi, spontanément, un alexandrin apparaît comme un assemblage de deux parties : d'abord la première, composée de six syllabes ; puis la seconde, composée des six syllabes restantes. Chaque moitié d'alexandrin se nomme un hémistiche. On dit donc qu'un alexandrin présente une « césure à l'hémistiche ». Lorsqu'on analyse un texte, on la signale par une double barre : //

La coupe correspond quant à elle au découpage rythmique proposé par le vers, selon le choix effectué par le poète en matière de ponctuation et de logique grammaticale. Coupe et césure peuvent coïncider, c'est le cas par exemple dans les tragédies classiques, mais elles peuvent aussi se compléter voire s'opposer. Lorsqu'on analyse un texte, on signale la césure par une simple barre : /

Prenons par exemple les deux premiers vers d'un poème de Victor Hugo :

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;

On peut indiquer que le premier alexandrin propose un parallélisme de construction (= une répétition de structure). La coupe vient ici renforcer la césure à l'hémistiche en 6 // 6 dans « Elle était déchaussée » (= 6) + « elle était décoiffée » (= 6). En revanche, le deuxième alexandrin présente une coupe qui complète la césure à l'hémistiche et donne un nouveau rythme à cet alexandrin, plus léger, celui-ci s'analysant en 3 / 3 // 6 dans « Assise » (= 3) + « les pieds nus » (= 3) + « parmi les joncs penchants » (= 6). Ces deux alexandrins ont donc la même césure, fixe, mais présente des coupes différentes, qui leur donne un rythme différent à chacun.

Les strophes

Une strophe correspond à un groupe de vers. La strophe se nomme non pas d'après le nombre de syllabes mais d'après le nombre de lignes c'est-à-dire de vers. Attention ! La démarche est cette fois verticale et non horizontale !

Les strophes les plus courantes sont : le quatrain qui désigne un ensemble de 4 vers, le tercet qui désigne un ensemble de 3 vers.

En fin de fiche, vous trouverez la liste de strophes nommées selon le nombre de vers.

Le rythme dans la strophe

Un vers peut correspondre à une phrase. Pourtant, comme on l'a dit, une phrase grammaticale peut aussi s'étendre sur plusieurs vers. Un enjambement correspond à ce phénomène : il désigne le fait qu'une phrase se poursuive sur plusieurs vers. Le lecteur doit poursuivre sa lecture sur le vers suivant afin de comprendre le sens de la phrase qu'il est en train de lire. Ceci va donner un certain rythme au poème, emporter le lecteur et créer souvent une impression de flux entraînant, voire un effet de chute à la fin de l'enjambement.

Par exemple, le quatrain suivant, extrait de Le lac de Lamartine, présente un enjambement sur l'ensemble de la strophe :

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Le rejet est un enjambement particulier car il se termine non pas à la fin d'un vers mais dans sa partie initiale. Ceci crée toujours un effet de surprise, la fin de cet enjambement paraissant un peu abrupte. Le rejet est bien entendu un procédé de mise en valeur d'un mot, d'une idée. Il est identifiable grâce à la coupe.

Par exemple, le mot «dort» est placé par la coupe en rejet dans cet extrait du poème Le Dormeur du val de Rimbaud et vient rompre les enjambements pour surprendre le lecteur :

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Le contre-rejet désigne un phénomène similaire : cette fois l'enjambement commence en partie finale de vers. Ceci crée également un effet de surprise. Alors que le lecteur croit le vers terminé, il considère le groupe de mots placé en contre-rejet comme une sorte d'ajout inattendu. Ceci met en valeur le groupe de mots concerné. Là encore, c'est la coupe qui fait le contre-rejet.

Voyons par exemple cet extrait du poème Les pauvres gens de Victor Hugo – La légende des siècles : le groupe de mots « Il semble » est placé en contre-rejet.

Leur haleine est paisible et leur front calme. Il semble
Que rien n'éveillerait des orphelins dormant,
Pas même le clairon du dernier jugement ;

Les rimes

Les vers rimés sont des vers qui présentent une ou des rime(s) entre eux.

Une rime est la répétition d'un même son en position finale dans au moins deux vers, qu'ils se suivent ou non dans le poème.

On peut nommer les rimes selon différents critères. Deux critères sont à retenir au niveau lycée : selon le nombre de sons contenus dans la rime et selon la disposition des vers concernés par cette rime.

Une rime qui contient un seul son se nomme une « rime pauvre ». Par exemple la rime en « -é » est une rime pauvre. Une rime qui contient deux sons se nomme une « rime suffisante ». Par exemple la rime en « -té » est une rime suffisante car elle contient deux sons : le son « te » et le son « é ». Une rime qui contient trois sons ou plus de trois sons se nomme une « rime riche ». Par exemple la rime en « -ité » est une rime riche car elle contient trois sons : le son « i », le son « te » et le son « é ».

Une rime présente sur des vers successifs est une « rime suivie ». On l'appelle aussi « rime plate ». Lorsque plusieurs rimes sont présentes dans le texte, on les nomme selon la disposition des vers concernés par ces rimes. Imaginons ainsi une rime qu'on appellera A et une autre rime en une autre son qu'on appellera B. La disposition de rimes AABB correspond à des « rimes plates » ou « rimes suivies ». La disposition en ABAB correspond à des « rimes croisées » appelées aussi « rimes alternées ». La disposition en ABBA correspond à des « rimes embrassées ».

Sons et syllabes

Une syllabe correspond généralement à un son. Pourtant deux exceptions existent : la diérèse et la synérèse.

On peut en effet volontairement dire en deux sons une seule syllabe. Par exemple le mot « cassions » contient a priori deux syllabes « ca- » et « -ssions ». En langage courant oral, on considère qu'il y a deux syllabes. Pourtant, on peut séparer les sons « -ssi » et « - ons » dans la deuxième syllabe. C'est ce qu'on appelle une diérèse : la dissociation en deux syllabes d'un son correspondant normalement à une seule syllabe.

A l'inverse, quand deux syllabes se prononcent en une seule, comme si on parlait très vite, on nomme ce phénomène une synérèse.

A noter que les diérèses et les synérèses sont non seulement à bien respecter à l'oral lors de la lecture d'un poème mais aussi à étudier dans l'analyse du poème car ils créent forcément un effet.

Bien sûr, c'est en fonction de l'environnement, c'est-à-dire des autres vers, que le lycéen sait s'il existe cette particularité, diérèse ou synérèse, afin que le vers qui la contient soit en accord avec le même nombre de syllabes que les autres vers.

Pour rappel : une allitération est la répétition d'un son consonne à l'intérieur du poème ; une assonance est la répétition d'un son voyelle à l'intérieur d'un poème. Ces notions ne sont pas propres à la poésie ; on peut remarquer des allitérations et des assonances à l'intérieur d'un paragraphe de roman. Petite remarque : pour remarquer une assonance, il n'est évidemment pas question de ne considérer que les rimes, il faut trouver ces répétitions de sons également à l'intérieur des vers.

Formes de poèmes

Les formes de poèmes qu'un lycéen doit connaître sont le sonnet et le poème en prose.

Le sonnet est en effet une forme fixe composée de deux quatrains suivis de deux tercets, avec des rimes attendues en ABBA, ABBA, CCD, EED ou bien EDE. Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter la fiche « Le sonnet » : lien ICI (fiche en cours de rédaction...).

Le poème en prose est un poème qui n'est pas écrit en vers, pas même en vers libres, et qu'on considère pourtant comme un poème selon différents critères. A ce propos, nous vous invitons à vous reporter à notre fiche « Qu'est-ce qu'un poème en prose ? » : lien ICI.

Complément :

Nommer les vers selon le nombre de syllabes contenues

Un vers de 2 syllabes = un dissyllabe
Un vers de 3 syllabes = un trisyllabe
Un vers de 4 syllabes = un tétrasyllabe
Un vers de 5 syllabes – un pentasyllabe
Un vers de 6 syllabes = un hexasyllabe
Un vers de 7 syllabes = un heptasyllabe
Un vers de 8 syllabes = un octosyllabe
Un vers de 9 syllabes = un ennéasyllabe
Un vers de 10 syllabes = un décasyllabe
Un vers de 11 syllabes = hendécasyllabe
Un vers de 12 syllabes = un dodécasyllabe : appelé un alexandrin depuis son usage dans le Roman d'Alexandre au Moyen-Age.

Nommer les strophes selon le nombre de vers contenus

Une strophe de 2 vers = un distique
Une strophe de 3 vers = un tercet
Une strophe de 4 vers = un quatrain
Une strophe de 5 vers = un quintil
Une strophe de 6 vers = un sizain
Une strophe de 7 vers = un septain
Une strophe de 8 vers = un huitain
Une strophe de 9 vers = un neuvain
Une strophe de 10 vers = un dizain