LE ROMAN au bac de français

Le « roman » au lycée

En classe de seconde, l'objet d'étude porte sur : « Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme ».

On insiste donc sur le récit, qu'il se présente sous forme de romans ou bien de nouvelles.

D'autre part, pour cette étude, on se limite à une période bien précise qui correspond environ à 1850 - 1890, période très riche, marquée par deux mouvements littéraires : le réalisme et le naturalisme.

En classe de première, l'objet d'étude porte sur « Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours ».

L'approche se fait donc à travers un être fictif : le personnage.

L'étude balaie une grande période : du XVIIe siècle jusqu'à nos jours, c'est-à-dire à partir de l'éclosion du roman comme véritable genre littéraire. La période étant longue, elle comprend tous les mouvements littéraires observés depuis le XVIIe siècle.

Quelles sont les attentes des examinateurs pour le bac ?

Etant élève en classe de Première, vous êtes censé posséder une certaine culture littéraire, c'est-à-dire avoir lu des romans de genres variés (des classiques, des romans policiers, des romans historiques, des romans d'aventures etc). Ces romans correspondent aux œuvres étudiées en classe ou données à lire pendant les vacances, durant toutes les années de collège et pendant les deux années de lycée. Ils correspondent aussi à tous les romans que vous avez pu lire en dehors des cours, pour votre plaisir personnel. Vous avez donc forcément une expérience de lecteur de romans. Celle-ci est bien entendu plus ou moins grande, selon si vous aimez lire ou non.

On attend de vous également une connaissance générale sur l'histoire du roman à travers les siècles qui comprend les mouvements littéraires et les grands auteurs de la littérature française. Quand on vous donne un extrait de roman, vous devez donc pouvoir le situer dans l'histoire du genre romanesque.

Enfin vous devez être en mesure de ré-exploiter des notions techniques littéraires apprises en classe telles que le point du vue du narrateur, le rythme du récit, les valeurs des temps, etc, pour étudier un extrait de roman et analyser avec pertinence sa force littéraire.

Petite précision : il faut distinguer ce qu'on nomme « récit » et « roman ».

Un récit correspond à une succession d'actions effectuées par des personnages et rapportées par un narrateur. Il est dominé par le discours narratif et se réalise dans un cadre spatio-temporel. Un récit peut être produit à l'écrit ou à l'oral, être réel ou fictif, littéraire ou non.

Ainsi un récit n'est pas forcément un roman ! Par exemple une fable de La Fontaine comporte un récit mais n'est pas un roman.

On appelle « roman » le genre littéraire auquel appartiennent des récits qui sont fictifs mais qui se donnent pour réels, qui sont littéraires, écrits en prose et présentant une certaine longueur, un certain volume de pages.

Cette définition exclut donc plusieurs récits comme les récits autobiographiques, les contes philosophiques, les nouvelles... Ceci est important car cela signifie que, dans le cadre d'une dissertation sur le roman, vous ne pourrez utiliser que des références de romans et uniquement des références de romans.

Que retenir sur l'histoire du roman en France à travers les siècles ?

Vous trouverez sur le site une fiche détaillée sur « L'histoire du roman en France à travers les siècles »  dans la rubrique « Résumés de cours – Lycée » ; nous vous invitons bien entendu à la lire (lien : ICI).

N'oubliez pas que des liens sont toujours à établir entre l'Histoire et la littérature. A travers les personnages, on retrouve les idéaux d'une époque, ses valeurs, ses interrogations, ses espoirs. Un extrait de roman doit donc être analysé au regard des mouvements littéraires de son époque ainsi que des faits historiques qui la bouleversent.

Que dire des personnages ?

Le personnage principal évolue au fil du siècle selon les mentalités. Au XVIIe siècle, lorsque la noblesse a le pouvoir, le héros de roman est souvent de classe noble. En revanche, au XIXe siècle, lorsque la bourgeoisie et la classe ouvrière se développent, le personnage principal sera souvent un bourgeois ou un ouvrier. Au XXe siècle on retrouve aussi les traumatismes des deux guerres mondiales : le personnage principal est souvent un anti-héros.

Un conseil : lorsque vous êtes face à un personnage dans un extrait, regardez-le deux fois : d'abord comme un être vivant ; puis comme un être fictif.

Comme un être vivant, une vraie personne, observez son apparence : sa description physique, son visage, ses habits. Cette apparence dit beaucoup de lui. Elle raconte son passé, ce qu'il a vécu, son appartenance sociale, ce qu'il souhaite donner comme image de lui-même. Etudiez aussi ses gestes, son comportement. Marche-t-il ? Court-il ? Reste-t-il immobile ? Agit-il avec fougue et courage, etc ? Enfin écoutez bien ses paroles : utilise-t-il des phrases longues ? Répond-il au contraire par des mots monosyllabiques ? Fait-il de l'humour ? Emploie-t-il un langage familier ? Ou au contraire soutenu, montrant de grandes connaissances dans ses références ? Coupe-t-il la parole aux autres personnages avec autorité ? Donne-t-il des ordres ? Utilise-t-il des tournures impersonnelles qui traduisent une certaine timidité ? Les mots et les silences en disent également long sur une personne. Ils sont donc aussi à étudier.

Dans un deuxième temps, considérez de nouveau le personnage, cette fois en gardant en tête qu'il est créé par un auteur. Ce personnage est-il montré comme un héros ? Ou bien l'auteur semble-t-il au contraire prendre de la distance avec ce personnage ? Ne le met-il pas en scène que pour mieux saisir ses défauts ? Ce personnage est-il typique de l'époque du romancier ? Dans quelle mesure ?

En résumé, soyez très observateur. Analysez le texte de roman avec finesse ; ne vous contentez surtout pas de simplement comprendre ce qu'il se passe dans la scène ! Observez le cadre spatio-temporel, les personnages, les symboles...

N'oubliez pas non plus d'être très attentif au style de l'auteur, à sa façon de raconter. Pour cela n'hésitez pas à lire notre fiche « Analyser un récit : structure – rythme – points de vue » disponible dans la rubrique « Résumés de cours – Lycée ». Cela vous permettra de réviser les différentes façons de structurer un récit mais aussi les effets de rythme et les points de vue du narrateur. (Lien : ICI)

Quels sujets peuvent tomber au bac de français à l'écrit, sur le roman ?

Même s'il est impossible de prévoir les sujets, on peut toutefois envisager des pistes...

Corpus possibles :

  • des débuts de romans (= des incipits)

  • des portraits de personnages

  • des passages descriptifs

  • des passages de personnages – héros en action

  • des fins de romans

Vraisemblablement, il s'agira alors de vous interroger sur les différentes techniques littéraires employées par les auteurs (par exemple pour des incipits : description ou au contraire dialogue ou bien début in medias res, etc ; autre exemple pour des portraits : portrait éclaté ou logique et structuré ; psychologique ou seulement physique ; détaillé ou non ; imagé ou non ; comparé à un autre personnage ou non ; porteur de valeurs du siècle, etc).

Les textes seront à analyser non seulement d'après des choix personnels assumés par les auteurs mais aussi en fonction de l'époque d'écriture. Il faut évidemment comparer ces textes entre eux, distinguer les points communs et les différences. C'est le travail lié au corpus.

Pour ce qui est de la dissertation, les thèmes sont souvent l'objectif poursuivi par le romancier et le plaisir du lecteur (ce qu'on pourrait appeler « le but du roman ») et les différents ingrédients nécessaires pour obtenir un « bon roman » (ce qu'on pourrait appeler « le rôle des composants d'un roman »).

Le but du roman - côté romancier / côté lecteur : 

Que cherche à faire le romancier ? Veut-il décrire la réalité, la saisir ou émouvoir ou dénoncer ou encore jouer avec la langue, les mots, divertir son lecteur, avoir une reconnaissance sociale ? Que cherche le lecteur ? Désire-t-il s'évader, se faire peur, s'identifier à des héros, grandir, comprendre, réfléchir... ? Quel type d'histoires aime-t-on lire et pourquoi ? Lire / écrire des romans est-il une perte de temps ou cette activité présente-t-elle un intérêt ?

Le rôle des composants du roman :

Quelle importance ont les personnages dans un roman ? Les descriptions sont-elles nécessaires ? Quel est le rôle du dialogue dans les romans ? Le style est-il un simple détail ? Une bonne histoire prime-t-elle pour le succès d'un roman ? Etc.

Voici donc une liste de sujets possibles pour une dissertation sur le roman :

Un romancier doit-il chercher à peindre la réalité ou au contraire s'en éloigner pour plaire au lecteur ?

Est-il vrai de dire que la lecture de romans aide à se construire ?

Le but du romancier est-il vraiment de raconter une histoire pour divertir son lecteur ?

Ne peut-on pas affirmer que tout roman témoigne de son époque ?

Les descriptions sont-elles inutiles dans un roman ou au contraire y jouent-elles un rôle essentiel ?

Le héros d'un roman doit-il forcément être doté de qualités pour plaire au lecteur ?

Une bonne histoire donne-t-elle toujours un bon roman ?

etc

Quels ouvrages théoriques peut-on lire pour faire une bonne dissertation ?

En plus des romans que vous lisez, dans le cas où vous avez déjà une solide expérience des romans, vous pouvez aller plus loin et acquérir quelques notions théoriques.

Nous vous invitons alors à lire par exemple des préfaces de romans. Courtes, relevant de l'argumentation directe, elles ne vous prendront pas beaucoup de temps à la lecture et vous serviront pour deux objets d'étude du programme : à la fois pour « le roman » et pour « l'argumentation ».

Dans votre manuel scolaire, vous trouverez peut-être des préfaces de Balzac, Maupassant, Zola ou encore des extraits d'essais d'Alain Robbe-Grillet.

Voici par exemple deux extraits d'ouvrages théoriques :

Avant-propos à la Comédie Humaine, Honoré de Balzac, 1842 (extrait)

[…] Les différences entre un soldat, un ouvrier, un administrateur, un avocat, un oisif, un savant, un homme d’état, un commerçant, un marin, un poète, un pauvre, un prêtre, sont, quoique plus difficiles à saisir, aussi considérables que celles qui distinguent le loup, le lion, l’âne, le corbeau, le requin, le veau marin, la brebis, etc. Il a donc existé, il existera donc de tout temps des Espèces Sociales comme il y a des Espèces Zoologiques. […] L’Etat Social a des hasards que ne se permet pas la Nature, car il est la Nature plus la Société. […] Mais comment rendre intéressant le drame à trois ou quatre mille personnages que présente une Société ? […] faire concurrence à l’État-Civil […] Le hasard est le plus grand romancier du monde : pour être fécond, il n’y a qu’à l’étudier. La Société française allait être l’historien, je ne devais être que le secrétaire. En dressant l’inventaire des vices et des vertus, en rassemblant les principaux faits des passions, en peignant les caractères, en choisissant les événements principaux de la Société, en composant des types par la réunion des traits de plusieurs caractères homogènes, peut-être pouvais-je arriver à écrire l’histoire oubliée par tant d’historiens, celle des mœurs. […] En copiant toute la Société, la saisissant dans l’immensité de ses agitations, il arrive, il devait arriver que telle composition offrait plus de mal que de bien, que telle partie de la fresque représentait un groupe coupable, et la critique de crier à l’immoralité, sans faire observer la moralité de telle autre partie destinée à former un contraste parfait. Comme la critique ignorait le plan général, je lui pardonnais […] Ce n’était pas une petite tâche que de peindre les deux ou trois mille figures saillantes d’une époque, car telle est, en définitif, la somme des types que présente chaque génération et que LA COMÉDIE HUMAINE comportera. Ce nombre de figures, de caractères, cette multitude d’existences exigeaient des cadres, et, qu’on me pardonne cette expression, des galeries. De là, les divisions si naturelles, déjà connues, de mon ouvrage en Scènes de la vie privée, de province, parisienne, politique, militaire et de campagne. Dans ces six livres sont classées toutes les Études de mœurs qui forment l’histoire générale de la Société, la collection de tous ses faits et gestes, eussent dit nos ancêtres. Ces six livres répondent d’ailleurs à des idées générales. Chacun d’eux a son sens, sa signification, et formule une époque de la vie humaine. […] L’immensité d’un plan qui embrasse à la fois l’histoire et la critique de la Société, l’analyse de ses maux et la discussion de ses principes, m’autorise, je crois, à donner à mon ouvrage le titre sous lequel il parait aujourd’hui : La Comédie humaine. Est-ce ambitieux ? N’est-ce que juste ? C’est ce que, l’ouvrage terminé, le public décidera. »

Préface de Pierre et Jean - Guy de Maupassant, 1888 (extrait)

[…] Or, le critique qui prétend définir le Roman suivant l'idée qu'il s'en fait d'après les romans qu'il aime, et établir certaines règles invariables de composition, luttera toujours contre un tempérament d'artiste apportant une manière nouvelle. […] Le lecteur qui cherche uniquement dans un livre à satisfaire la tendance naturelle de son esprit, demande à l'écrivain de répondre à son goût prédominant, et il qualifie invariablement de remarquable ou de bien écrit l'ouvrage ou le passage qui plaît à son imagination idéaliste, gaie, grivoise, triste, rêveuse ou positive. En somme, le public est composé de groupes nombreux qui nous crient : Consolez-­moi.­ Amusez-­moi. Attristez­-moi. Attendrissez-­moi. Faites-­moi rêver. Faites-­moi rire. Faites-­moi frémir. Faites-­moi pleurer. Faites­-moi penser. Seuls, quelques esprits d'élite demandent à l'artiste : Faites-­moi quelque chose de beau, dans la forme qui vous conviendra le mieux, suivant votre tempérament. L'artiste essaie, réussit ou échoue. […] Donc après les écoles littéraires qui ont voulu nous donner une vision déformée, surhumaine, poétique, attendrissante, charmante ou superbe de la vie, est venue une école réaliste ou naturaliste qui a prétendu nous montrer la vérité, rien que la vérité et toute la vérité. […] Le romancier qui transforme la vérité constante, brutale et déplaisante, pour en tirer une aventure exceptionnelle et séduisante, doit, sans souci exagéré de la vraisemblance, manipuler les événements à son gré, les préparer et les arranger pour plaire au lecteur, l'émouvoir ou l'attendrir. Le plan de son roman n'est qu'une série de combinaisons ingénieuses conduisant avec adresse au dénouement. […] Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. Le réaliste, s'il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même. Raconter tout serait impossible, car il faudrait alors un volume au moins par journée, pour énumérer les multitudes d'incidents insignifiants qui emplissent notre existence. Un choix s'impose donc, ­ ce qui est une première atteinte à la théorie de toute la vérité. La vie, en outre, est composée des choses les plus différentes, les plus imprévues, les plus contraires, les plus disparates ; elle est brutale, sans suite, sans chaîne, pleine de catastrophes inexplicables, illogiques et contradictoires qui doivent être classées au chapitre faits divers. Voilà pourquoi l'artiste, ayant choisi son thème, ne prendra dans cette vie encombrée de hasards et de futilités que les détails caractéristiques utiles à son sujet, et il rejettera tout le reste, tout l'à­-côté. […] Faire vrai consiste donc à donner l'illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle-­mêle de leur succession. J'en conclus que les Réalistes de talent devraient s'appeler plutôt des Illusionnistes. […] Le talent est une longue patience. ­ Il s’agit de regarder tout ce qu'on veut exprimer assez longtemps et avec assez d'attention pour en découvrir un aspect qui n'ait été vu et dit par personne. Il y a, dans tout, de l'inexploré, parce que nous sommes habitués à ne nous servir de nos yeux qu'avec le souvenir de ce qu'on a pensé avant nous sur ce que nous contemplons. La moindre chose contient un peu d'inconnu. Trouvons-­le. Pour décrire un feu qui flambe et un arbre dans une plaine, demeurons en face de ce feu et de cet arbre jusqu'à ce qu'ils ne ressemblent plus, pour nous, à aucun autre arbre et à aucun autre feu. C'est de cette façon qu'on devient original. »

 

Fiche établie par un professeur agrégé de Lettres pour Copiedouble – Copyright 2015