La poésie engagée

Qu'est-ce que la poésie engagée ?

La poésie engagée désigne tous les poèmes dans lesquels l'auteur exprime, de façon directe ou indirecte, une révolte et une volonté de faire évoluer la société.

Cela signifie que le poète défend une cause qu'il trouve juste ou bien dénonce une injustice, une situation qui lui déplaît.

Son poème n'est toutefois pas à considérer comme un texte argumentatif car la dimension poétique l'emporte très nettement.

Quels textes peut-on considérer comme des poèmes engagés ?

Les poèmes de la résistance pendant l'occupation allemande en France en 1942 sont typiquement des textes engagés (voir fiche « La poésie de la résistance » dans les « Résumés de cours - Lycée » : lien ICI). Ils défendent la liberté.

Les poèmes de dénonciation de Victor Hugo s'insurgeant au XIXe siècle contre le travail des enfants ou critiquant la misère sociale sont aussi des poèmes engagés.

Les poèmes de la négritude composés au XXe siècle par Aimé Césaire et par Senghor pour faire l'éloge de la culture noire sont également, dans la plupart des cas, des poèmes engagés.

On peut penser aussi aux poèmes de guerre de religions écrits par Ronsard et Agrippa d'Aubigné au XVIe siècle, l'un pour défendre le parti catholique, l'autre pour défendre le parti protestant. Etc.

En revanche, il paraît difficile de considérer les fables de La Fontaine comme des poèmes engagés. Il s'agit de textes écrits en vers qui cherchent à délivrer une morale, un enseignement. Cette visée place les « fables » dans un genre à part qui relève plus de l'argumentation et du récit que de la poésie. La critique amusée l'emporte sur le combat ou la révolte, d'autant que les dénonciations faites par La Fontaine sont timides, conformément à l'esprit de son époque, dénonçant plutôt des défauts humains que de réels travers de la société. Les fables peuvent par conséquent se rapprocher de la poésie engagée mais n'en font pas réellement partie.

Un poème peut-il être à la fois lyrique et engagé ?

Un texte peut relever à la fois de la poésie lyrique et de la poésie engagée. C'est souvent le cas lorsque la dénonciation se fait à travers un portrait de personnage, l'éloge d'une femme aimée par exemple qui devient symbole d'une cause collective politique.

Prenons par exemple un extrait du poème Femme nue femme noire de Léopold Sédar Senghor :

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au cœur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle

Le poète fait ici l'éloge de la femme aimée et le poème montre les caractéristiques attendues de la poésie lyrique : expression de sentiments personnels, sentiments d'amour, musicalité et évocation de la nature (voir fiche « La poésie lyrique » : lien ICI).

Toutefois il insiste également sur la couleur de peau de cette femme tout au long du poème, inscrivant une volonté de défendre la cause de la négritude, ce mouvement littéraire du XXe siècle qui donne toute sa place de noblesse à la culture noire. Au-delà d'un poème lyrique, le texte peut donc être considéré comme un poème engagé.

Autre exemple : le poème Barbara de Jacques Prévert, écrit juste après la seconde guerre mondiale. En voici un extrait :

Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant

Là encore, on retrouve les caractéristiques de la poésie lyrique dans tout le poème avec l'évocation de sentiments personnels du poète, de sentiments amoureux même si ce ne sont pas ceux du poète, l'éloge d'une femme, la nostalgie d'un moment, la nostalgie de la vie d'avant-guerre et de la bonne santé d'une ville, la musicalité avec un refrain, etc.

Cependant le poète exprime une révolte contre la guerre, n'hésitant pas à employer un mot de registre grossier « connerie » pour désigner la guerre. Pour dénoncer les ravages de la guerre, il a recours aussi à une énumération « de fer De feu d'acier de sang » et évoque par fragments éclatés les obus qui se sont abattus sur la ville. Le poème de Prévert est donc à la fois un poème lyrique et un poème engagé.

Comment étudier un poème engagé ?

Etudiez-le comme n'importe quel autre poème : soyez sensible à la force des images, aux rimes ou à l'absence de rimes, au rythme, etc.

Veillez simplement, en plus, à identifier clairement l'engagement pris par le poète : que défend-il ou que dénonce-t-il ?

Prouvez aussi la révolte du poète en étant attentif aux exclamations, aux répétitions avec effet d'instance, aux registres de langue, aux champs lexicaux, aux tonalités ou registres littéraires, etc.