La Pléiade

Qu'est-ce que La Pléiade ?

On nomme La Pléiade un groupe de poètes du XVIe siècle.

Ce sont eux qui ont choisi leur nom en référence à une constellation de sept étoiles, précisément parce qu'ils étaient sept et aussi parce que le nom avait déjà été choisi par des poètes antiques. En effet, ces poètes voulaient « rayonner » à la manière des grands poètes antiques latins qu'ils admiraient.

Les poètes de La Pléiade sont Ronsard, Du Bellay, Jodelle, Baïf, Peletier, Belleau, Tyard. La postérité retient deux noms en particulier : Pierre de Ronsard et Joachim du Bellay.

Quel but poursuivent les poètes de La Pléiade ?

Leur objectif était de créer une belle poésie française et de devenir immortels à travers leurs poèmes.

Il faut préciser qu'à cette époque, au XVIe siècle, les poètes français composent souvent leurs poèmes en latin tant ils estiment que leur langue maternelle, le français, n'est pas propre à l'écriture poétique. Cette démarche est donc nouvelle.

Un texte lui sert de manifeste : il a pour titre Défense et illustration de la langue française. Rédigé par Du Bellay en 1549, il signe précisément la création de La Pléiade. Ce manifeste rappelle que les Romains avaient imité les Grecs pour innover et produire une belle poésie latine. A leur tour, les poètes français doivent donc imiter les Anciens, c'est-à-dire les poètes antiques latins et grecs, afin de les dépasser et créer une poésie française digne de ce nom.

La démarche poétique de La Pléiade

Outre les poètes grecs et latins, les poètes de La Pléiade connaissent aussi l'influence de la poésie italienne qui leur parvient à cette époque et qui date d'un siècle auparavant : celle de Pétrarque, poète du XIVe siècle. Notons d'ailleurs au passage que Ronsard et les autres avaient songé un instant s'appeler « La Brigade », dans une volonté d'affirmer leur rivalité avec les Italiens, avant de se fixer sur le nom de « La Pléiade ».

La poésie de La Pléiade est essentiellement une poésie lyrique. L'amour et la nature y ont une large place, de même que la nostalgie, en particulier chez Du Bellay. Chez Ronsard, on retrouve aussi le thème de la fuite du temps et du présent dont il faut profiter (le « carpe diem » latin à savoir le « cueille le jour » français).

Le sonnet est une forme très utilisée chez les poètes de La Pléiade, en alexandrins ou en décasyllabes, avec souvent une utilisation du procédé stylistique de l'anaphore dans les quatrains.

Textes de La Pléiade

Cet extrait d'un poème de Jacques Peletier du Mans A un poète qui n'écrivait qu'en latin paru en 1547 exprime clairement les aspirations de La Pléiade (ps : les « vieux » ici sont les poètes antiques) :

J'écris en langue maternelle,
Et tâche à la mettre en valeur,
Afin de la rendre éternelle
Comme les vieux ont fait la leur,
Et soutiens que c'est grand malheur
Que son propre bien mépriser
Pour l'autrui tant favoriser.
Si les Grecs sont si fort fameux,
Si les Latins sont aussi tels,
Pourquoi ne faisons-nous comme eux,
Pour être comme eux immortels ?

Autre exemple, ce sonnet de Du Bellay qui célèbre la grandeur de Rome, alors même qu'il n'en reste déjà à son époque que des ruines. Ce poème figure dans son recueil Les Antiquités de Rome, paru en 1558.

Ni la fureur de la flamme enragée,
Ni le tranchant du fer victorieux,
Ni le dégât du soldat furieux,
Qui tant de fois, Rome, t'a saccagée,

Ni coup sur coup ta fortune changée,
Ni le ronger des siècles envieux,
Ni le dépit des hommes et des dieux,
Ni contre toi ta puissance rangée,

Ni l'ébranler des vents impétueux,
Ni le débord de ce dieu tortueux
Qui tant de fois t'a couvert de son onde,

Ont tellement ton orgueil abaissé,
Que la grandeur du rien qu'ils t'ont laissé
Ne fasse encore émerveiller le monde.

Voyons enfin ce célèbre sonnet de Pierre de Ronsard extrait du recueil Sonnets pour Hélène paru en 1578 :

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.

Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre et fantôme sans os :
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.