Histoire des arts : les Vanités

Qu'est-ce que la « vanité » ?

Le mot « vanité » a plusieurs sens. Il désigne d'abord un défaut humain : l'orgueil. Ainsi une personne vaniteuse est prétentieuse, trop satisfaite d'elle-même. Le mot « vanité » a cependant une autre signification. Il vient en effet du mot latin « vanitas » de « vanus » signifiant « vain » c'est-à-dire ce qui est vide, creux, inutile et illusoire. Une « vanité » désigne par conséquent tout ce qui est frivole et insignifiant.

Les « Vanités », qu'est-ce que c'est ?

Les « Vanités » sont des oeuvres d'art qui nous rappellent que nous sommes mortels et que notre vie s'achèvera un jour. Il peut s'agir de tableaux, de sculptures ou même de bijoux.

Quelle est l'origine de ces « Vanités » ? Et quel est l'intérêt de parler ainsi de la mort aux vivants ?

Le principe des « Vanités » remonte à l'Antiquité. Ainsi lorsqu'un général romain défilait après une grande victoire, paradant devant le peuple lors d'une cérémonie de triomphe, un esclave se tenait debout derrière lui. Tandis que le général recevait les plus grands honneurs, se gonflait d'orgueil et de satisfaction, l'esclave brandissait une couronne de lauriers au-dessus de sa tête. Et il ne cessait de lui répéter à l'oreille : « Memento mori ! Memento mori ! ». Cela signifie : « Souviens-toi que tu es mortel, souviens-toi que tu vas mourir. ». Le général romain ne pouvait donc pas être trop prétentieux. Il était invité à profiter de ce triomphe mais aussi à se rappeler que sa joie ne pouvait être qu'éphémère et qu'après tout, il n'était qu'un homme, appelé à mourir un jour... En un mot, son orgueil était rabaissé.

Horace, un célèbre poète latin du Ier siècle avant Jésus-Christ écrit également, dans le même esprit : « Mangeons, buvons et soyons joyeux, car nous mourrons demain ». Cette fois, on le comprend, il s'agit moins de modérer une tendance à la prétention que d'inviter chacun à profiter de la vie. En ce sens, la pensée d'Horace se rapproche du célèbre adage romain : « Carpe diem », c'est-à-dire « Cueille le jour » qu'on pourrait résumer ainsi : profite de la vie !

Le rappel de cette mort qui viendra achever chaque existence humaine est également présent dans l'Ancien Testament de la Bible, dans le livre appelé « L'Ecclésiaste » ou bien « Livre de Qohelet ». Cet homme se désigne comme étant « fils de David, roi de Jérusalem ». En latin, ce discours débute ainsi : « Vanitas vanitatum et omnia vanitas » ce qui signifie : «Vanité des vanités, tout est vanité» (des extraits sont donnés en bas de cette page). Dans ce célèbre livre, il est indiqué entre autres qu' « il n'y a rien de nouveau sous le soleil » et qu' « il y a un temps pour tout ».

Quelle époque est concernée par les « Vanités » ?

En vérité, de l'Antiquité à aujourd'hui, toutes les époques sont concernées par les Vanités !

Pourtant c'est particulièrement au 17e siècle qu'on a produit de nombreuses peintures de « Vanités » avec un traitement baroque ou bien classique, en France et dans toute l'Europe. Parmi les oeuvres célèbres françaises du 17e siècle, on peut citer Saint François en méditation (Le Caravage, vers 1602), Vanité (Philippe de Champaigne, vers 1650), La Madeleine à la veilleuse (Georges de La Tour, 1640) et de nombreuses Vanités de Simon Renard de Saint-André (1613-1677).

Il existe aussi des vanités aux siècles suivants, par exemple Crâne de squelette fumant une cigarette (Van Gogh, 1886) ou encore Skull (Andy Warhol, 1976).

Quels sont les éléments qu'on retrouve dans les « Vanités » ?

Plusieurs éléments se retrouvent souvent dans ces oeuvres d'art appelées « Vanités ». Ainsi la fuite du temps qui passe, la brièveté de la vie, sont évoquées par des sabliers, des bougies qui se consument ou des horloges. Le crâne, bien entendu, évoque la mort prochaine, du moins la mort qui ne manquera pas d'arriver un jour. Les effets du temps sont aussi souvent représentées à travers les fleurs (qui se fanent rapidement), les fruits (qui s'abiment), les pierres (qui se lézardent)...

Les plaisirs de la vie sont considérés comme « vains ». Ils ne sont que futiles et dérisoires au moment de mourir. Ainsi les « Vanités » présentent des éléments qui font référence aux sciences (par exemple des compas ou des globes), aux arts (la musique, la littérature, la peinture...), à la puissance et aux honneurs (pièces d'argent, médailles, bijoux...) et bien sûr à la beauté (miroir...).

En effet la beauté, la puissance, la richesse, la considération sociale... tout ceci ne dure pas éternellement !

 

COMPLEMENTS :

Nous vous donnons ci-après des extraits de L'ECCLESIASTE :

Chapitre 1 : [1] Paroles de l'Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem. [2] Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. [3] Quel avantage revient-il à l'homme de toute la peine qu'il se donne sous le soleil? [4] Une génération s'en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. [5] Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d'où il se lève de nouveau. [6] Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits. [7] Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n'est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent. [8] Toutes choses sont en travail au delà de ce qu'on peut dire; l'œil ne se rassasie pas de voir, et l'oreille ne se lasse pas d'entendre. [9] Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. [10] S'il est une chose dont on dise: Vois ceci, c'est nouveau! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés. [11] On ne se souvient pas de ce qui est ancien; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard. [12] Moi, l'Ecclésiaste, j'ai été roi d'Israël à Jérusalem. [13] J'ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux: c'est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l'homme. [14] J'ai vu tout ce qui se fait sous le soleil; et voici, tout est vanité et poursuite du vent.

[…]

Chapitre 3 : [1] Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux: [2] un temps pour naître, et un temps pour mourir; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté; [3] un temps pour tuer, et un temps pour guérir; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir; [4] un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser; [5] un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres; un temps pour embrasser, et un temps pour s'éloigner des embrassements; [6] un temps pour chercher, et un temps pour perdre; un temps pour garder, et un temps pour jeter; [7] un temps pour déchirer, et un temps pour coudre; un temps pour se taire, et un temps pour parler; [8] un temps pour aimer, et un temps pour haïr; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.