GRAMMAIRE - L'imparfait

Observons :

Lorsque j'étais enfant, j'allais chaque mercredi chez ma grand-mère. Elle me racontait des histoires, me parlait du passé et me préparait de délicieuses compotes. Nous jouions souvent aux cartes ensemble, surtout à la bataille.

Les formes verbales soulignées sont à l'imparfait.

Qu'est-ce que l'imparfait ?

L'imparfait est un temps du mode indicatif. C'est un temps simple : il se conjugue sans auxiliaire.

Comment conjuguer les verbes à ce temps ?

Pour conjuguer à l'imparfait, on prend le radical du verbe et on y ajoute une terminaison.

Les terminaisons à l'imparfait sont les mêmes pour tous les verbes :

-ais / -ais / -ait / -ions / -iez / -aient

Quelques exemples :

Etre : j'étais, tu étais, il était, nous étions, vous étiez, ils étaient.
Avoir : j'avais, tu avais, il avait, nous avions, vous aviez, ils avaient.
Chanter : je chantais, tu chantais, il chantait, nous chantions, vous chantiez, ils chantaient.
Finir : je finissais, tu finissais, il finissait, nous finissions, vous finissiez, ils finissaient
Prendre : je prenais, tu prenais, il prenait, nous prenions, vous preniez, ils prenaient.

Quels sont les pièges de conjugaison ?

  • Ne pas oublier, si besoin, le « e » après le « g » pour faire le son [J] à certaines personnes :

exemple : Je plongeais, tu plongeais, il plongeait, ils plongeaient (avec un « e »)
MAIS : nous plongions, vous plongiez (sans e).

  • Ne pas oublier, si besoin, le « ç » pour faire le son [S] à certaines personnes :

exemple : Je plaçais, tu plaçais, il plaçait, ils plaçaient (avec un « ç »)
MAIS : nous placions, vous placiez (sans ç).

  • Le radical de certains verbes est parfois modifié. C'est le cas par exemple des verbes en -indre.

exemple : craindre -> je craignais, tu craignais, il craignait, nous craignions, vous craigniez, ils craignaient.

  • Les verbes dont l'infinitif est en « -ier » ont un radical qui se termine par « -i »- : on obtient donc deux « i » côte à côte à « nous » et « vous » avec les terminaisons « -ions » et « -iez ». Il faut bien garder les deux « i », même si cela paraît étrange !

exemple : skier (radical = ski- ) => je skiais, tu skiais, il skiait, ils skiaient
MAIS : nous skiions, vous skiiez (avec 2 « i »).

Comment repérer un verbe conjugué à l'imparfait ?

Le verbe doit présenter une terminaison en « -ais , -ais , -ait , -ions , -iez , -aient ».

Mais cela ne suffit pas !

Pourquoi cela ne suffit-il pas ? Quelles sont les confusions possibles ?

  • Ces terminaisons ne sont pas réservées à l'imparfait. Exactement les mêmes terminaisons sont utilisées au conditionnel présent.

Exemples :
vouloir -> Je voulais te parler. (imparfait, terminaison en -ais) ET : Je voudrais te parler. (conditionnel présent, terminaison en -ais)
avoir -> Il avait de la chance. (imparfait) ET : Il aurait de la chance. (conditionnel présent)

  • De plus, quand on a correctement repéré le verbe « avoir » ou « être » à l'imparfait, il faut regarder s'il n'est pas accompagné d'un participe passé. C'est-à-dire s'il ne s'agit pas d'un plus-que-parfait. En effet, pour conjuguer un verbe au plus-que-parfait on utilise le verbe « avoir » ou « être » en le conjuguant à l'imparfait, suivi du verbe au participe passé.

exemple : Vous n'aviez pas voulu me croire. -> 'vouloir' est conjugué au plus-que-parfait = avoir (imparfait) + voulu (participe passé)
exemple : J'étais, il faut l'avouer, arrivée en retard. -> 'arriver' est conjugué au plus-que-parfait = être (imparfait) + arrivée (participe passé)

==> On doit donc faire attention à ne pas confondre imparfait, conditionnel présent et plus-que-parfait.

  • Enfin, certains mots ont, par hasard, les mêmes terminaisons que l'imparfait.

Certains verbes, à certains temps, vont ressembler à l'imparfait. Il faut alors réfléchir et conjuguer à toutes les personnes pour savoir à quel temps est vraiment conjugué le verbe.

exemples :
Vous riez -> Le verbe 'rire' est conjugué ici au présent (l'imparfait serait « vous riiez »).
Tu sais -> Le verbe 'savoir' est conjugué ici au présent (l'imparfait serait « tu savais »).

Parfois, ces mots ne sont même pas des verbes ! Exemples : mais - jamais - des lions
-> Les terminaisons de ces mots sont en « -ais, -ions » comme certaines terminaisons de l'imparfait mais c'est un pur hasard.

Comment utilise-t-on l'imparfait ? Quelles sont les valeurs de ce temps ?

  • L'imparfait est un temps du passé.

Il présente des faits en cours d'accomplissement, en train de se faire.
Les actions ont une durée indéterminée : on ne sait pas quand elles ont commencé ou quand elles se termineront. Les grammairiens parlent de « valeur d'aspect imperfectif ».

exemple : Il neigeait depuis ce matin.

Ainsi, on utilise l'imparfait pour décrire des faits de second plan ou d'arrière-plan du récit, la toile de fond de l'histoire. Il sert alors le discours descriptif. On dit que l'imparfait a une « valeur descriptive ».

exemple : Cette jeune fille avait quinze ans. Ses cheveux étaient blonds. Elle regardait par la fenêtre.

=> Dans les récits au passé, ce sont ces deux valeurs (souvent combinées) de l'imparfait qui dominent. Le passé simple vient alors interrompre les faits en cours que le narrateur décrivait.

exemple : Il neigeait depuis ce matin. Je tournais en rond dans le grand chalet vide, en quête d'une quelconque activité. J'enrageais de ne pas pouvoir aller jouer dehors. Tout à coup, on frappa (passé simple !) à la porte.

L'imparfait permet aussi d'indiquer des faits qui se produisaient souvent dans le passé. Il s'agit alors d'un imparfait de répétition, d'habitude dans le passé. Les grammairiens parlent de « valeur itérative ».

exemple : Chaque été, je partais avec mon père au bord de la mer. Nous allions au camping.

  • L'imparfait peut être aussi employé à d'autres occasions : pour émettre une hypothèse, atténuer une demande, produire une explication ou poser une question de manière indirecte.

En effet, l'imparfait sert à émettre une hypothèse, ou à poser une condition. Dans les subordonnées introduites par « si », cette condition peut être réalisable dans l'avenir, ou non. L'imparfait est alors souvent suivi du conditionnel présent (= si + imparfait SUIVI DE conditionnel présent). L'imparfait a ici une « valeur hypothétique ».

exemple : S'il neigeait, tu pourrais aller skier.

De plus, l'imparfait permet de s'exprimer avec politesse, pour atténuer une demande, affaiblir l'affirmation d'un désir. L'imparfait a ici une « valeur de modalisation ».

    exemple : Excusez-moi de vous déranger. Je voulais savoir à quelle heure commence la séance...

    L'imparfait peut par ailleurs servir à produire une explication. On dit que l'imparfait a alors une « valeur explicative ».

    exemple : L'homme se présenta et me tendit la main. Je ne réagis pas tout de suite : je ne savais pas qui était cet inconnu. En vérité, c'était mon ancien professeur de piano. Cela faisait vingt ans que je ne l'avais pas revu !

    Enfin, l'imparfait est obligatoire pour rapporter des paroles prononcées au présent lors du discours direct, dans un contexte passé. L'imparfait apparaît lorsqu'on passe au discours indirect, alors que le verbe d'énonciation est au passé.

      exemple : (Discours direct) : Il demanda au passant : « Savez-vous où se trouve la gare ? »
      -> (Discours indirect) : Il demanda au passant s'il savait (imparfait !) où se trouvait (imparfait !) la gare.