Ecriture d'invention rédigée (dialogue entre élèves pour une mise en scène)

Parce qu'un exemple rédigé vaut parfois mieux que de longs discours, vous trouverez ci-après une ECRITURE D'INVENTION rédigée.

 

Le corpus de textes porte sur le théâtre. Il rassemble plusieurs extraits de pièces : tous correspondent à des scènes d'exposition.

Le sujet pour l'écriture d'invention est le suivant :

Deux élèves d'un atelier théâtre ont choisi l'une des scènes d'exposition du corpus pour la jouer devant leurs camarades. Ils débattent de leurs intentions de mise en scène du texte retenu ainsi que des effets qu'ils veulent produire sur le spectateur. Imaginez leur dialogue.

 

ANALYSE DU SUJET

Les consignes sont donc les suivantes :

- Il faut rédiger un dialogue.
Donc pas de récit ! Comme l'objet d'étude porte sur le théâtre, on peut imaginer un dialogue théâtral. Dans ce cas, il faut respecter la présentation des noms de personnages avant chaque réplique.

- Les personnages sont imposés : deux élèves d'un atelier théâtre.
Ceci implique un langage relativement familier mais pas trop, car on ne doit jamais oublier qu'il s'agit tout de même d'une copie de bac !
Les acteurs sont donc aussi les metteurs en scène. Ils ont des contraintes liées à leur situation : ce sont des amateurs et ils n'ont pas de budget ou du moins un budget limité mais peuvent bénéficier du matériel scolaire, de l'aide d'autres élèves ou bien de professeurs.

- Ils ont choisi l'une des scènes du corpus.
Il est donc impossible de prendre une autre pièce voire même un autre passage que les extraits qui sont dans le corpus. Le dialogue ne porte pas sur le choix à faire mais bien sur la mise en scène de l'extrait, puisque le choix est déjà fait. On peut par conséquent le justifier mais seulement sur quelques lignes, au début du dialogue. Cela signifie aussi qu'il faut lire et relire ce texte à mettre en scène. Etre sûr qu'on l'a bien compris. Imaginer ce qu'on pourrait en faire en atelier théâtre au lycée. Faire un croquis au brouillon. Imaginer des décors, des costumes et se demander comment justifier telle ou telle idée...

- Ils débattent de leurs intentions de mise en scène.
Donc ce dialogue doit faire avancer le projet de mise en scène. Derrière ce sujet, le correcteur veut vérifier si on a bien compris ce que signifie la représentation théâtrale. Les élèves qui discutent peuvent ne pas être d'accord mais ils doivent toujours justifier ce qu'ils disent. De plus, ils doivent aborder un maximum d'aspects de la mise en scène théâtrale et ne surtout pas se contenter de suivre à la lettre les didascalies. La création est de mise. Le cours doit être réinvesti. Il s'agit à la fois d'un travail sur la mise en scène et sur l'argumentation.

 

Après un long travail d'étude du sujet, de relecture du texte choisi, de recherche d'idées au brouillon... voici la copie.

PRECISION

Afin de bien vous aider à progresser, tous les éléments concernant la mise en scène théâtrale et son vocabulaire précis technique ont été mis en brun rouge. Tous les efforts d'argumentation sont marqués en vert.

Bien entendu, sur une vraie copie, tout est écrit en noir (ou en bleu). Hors de question d'utiliser plusieurs couleurs !

 

 

II – ECRITURE D'INVENTION

 

 

Sujet

Deux élèves d'un atelier théâtre ont choisi l'une des scènes d'exposition du corpus, pour la jouer devant leurs camarades. Ils débattent de leurs intentions de mise en scène du texte retenu ainsi que des effets qu'ils veulent produire sur le spectateur. Imaginez leur dialogue.

 

 

 

BASTIEN. - Alors, Clément ? Tu as réfléchi à notre projet ?

 

CLEMENT. - Oui, Bastien. Tu avais raison, les deux premières scènes du Barbier de Séville sont très intéressantes à mettre en scène. D'ailleurs, regarde. J'ai déjà élaboré un croquis du plateau avec un projet de décor. Qu'en penses-tu ?

 

BASTIEN. - A vrai dire... D'après ce dessin, il est un peu difficile de comprendre ce que ça représente...

 

CLEMENT. - Attends. Je vais t'expliquer. Je suis parti de la didascalie initiale de Beaumarchais. Il indique que « Le théâtre représente une rue de Séville, où toutes les croisées sont grillées ». J'ai donc imaginé un espace extérieur. En revanche, l'idée de la rue ne me paraissait pas très pratique car j'imagine des rues étroites en Espagne. Pour ma part, je voudrais autoriser une certaine liberté de mouvement pour nos comédiens. Le texte dit que le Comte arrive, puis Figaro entre en scène. Il est précisé que le Comte alors se cache... Ceci crée des mouvements, des jeux de scène intéressants à montrer. Par conséquent j'ai pensé plutôt à une place, qui constituera un lieu plus vaste qu'une rue. Au centre, j'imagine la présence d'une fontaine. Elle montrera tout de suite aux spectateurs qu'on se situe dans un pays chaud. Nous pourrons demander par exemple à Sami, qui dessine très bien, de nous faire cette fontaine et de la découper dans un vieux carton. Il faut qu'elle soit grande, au moins un mètre cinquante de haut.

 

BASTIEN. - Très bonne idée. Je suis sûr qu'il acceptera. Il avait déjà fait de beaux décors l'an dernier.

 

CLEMENT. - Au fond de la pièce, face aux spectateurs en haut à gauche, il y aura une fenêtre grillagée. J'ai pensé qu'on pouvait la placer vraiment très haut.

 

BASTIEN. - Pourquoi ?

 

CLEMENT. - Parce que le Comte semble amoureux de cette Rosine et veut la conquérir. Plus la fenêtre est haute, plus l'objet du désir est difficile à atteindre. Cela aura une portée symbolique.

 

BASTIEN. - ça me plaît ! Et là, qu'est-ce que c'est ?

 

CLEMENT. - Trois faux arbres en plastique pour faire un peu joli et occuper l'espace. Je voudrais les placer à chaque angle, sur le mur du fond, face aux spectateurs. Et en mettre un autre, là, à gauche de la fontaine, côté jardin. J'ai peur sinon que le plateau ait l'air un peu vide. Et je sais que nous avons trois arbres à notre disposition dans la réserve.

 

BASTIEN. - Oui mais on pourrait mettre plutôt des orangers. Ce sont des arbres qui poussent bien en Espagne. Cela aiderait les spectateurs à situer rapidement le lieu de l'action.

 

CLEMENT. - Le problème est que nous n'avons que des arbres ordinaires dans la réserve. Où trouver des orangers ?

 

BASTIEN. - Il suffit de prendre des boules de Noël et de les peindre en orange. Nous les accrocherons ensuite aux branches en plastique.

 

CLEMENT. - Entendu ! Là, il y a les portes d'entrée et de sortie. J'ai pensé que le Comte pouvait arriver côté jardin et Figaro du côté opposé, côté cour.

 

BASTIEN. - Où se cachera ensuite le Comte ? La didascalie indique dès la deuxième scène qu'il est caché. Figaro ne doit donc pas le voir. En revanche, il serait bien que le spectateur, lui, ait une vision globale de la situation, qu'il puisse à la fois apercevoir Figaro et le Comte dissimulé.

 

CLEMENT. - J'y ai pensé. L'oranger à côté de la fontaine, là, permettra à la fois de faire comprendre au spectateur que le personnage se cache mais montrera quand même son visage et ses réactions tandis qu'il épie Figaro.

 

BASTIEN. - Parfait ! Et ici, qu'as-tu représenté sur ton croquis ?

 

CLEMENT. - Un banc. Les personnages pourront s'y asseoir.

 

BASTIEN. - Je crois que ça ne va pas... Beaumarchais a précisé que Figaro « met un genou à terre, et écrit en chantant ». S'il y a un banc sur la place, le personnage n'a plus de raison de mettre un genou à terre.

 

CLEMENT. - Nous ne sommes pas obligés de respecter à la lettre les didascalies...

 

BASTIEN. - Oui, mais elle est intéressante à conserver car elle montre que Figaro est un artiste qui se moque du qu'en-dira-t-on. Il a besoin d'un support pour écrire, il ne se pose pas de questions : il met un genou à terre sans se soucier de salir son pantalon. Si un banc est présent sur scène, cela change tout.

 

CLEMENT. - Ah oui, je n'avais pas pensé à ça. Tu as raison. Voilà, j'efface le banc. Bon. Et toi ? Tu as pu avancer sur les costumes ?

 

BASTIEN. - Oui. Comme toi, je me suis servi des didascalies du texte de Beaumarchais mais j'ai aussi eu quelques idées supplémentaires. Il faut dire que le dramaturge nous laisse beaucoup de liberté. Il décrit très peu les personnages. Regarde. Il précise que le Comte est « en grand manteau brun et chapeau rabattu. ». Il indique aussi que ce personnage « tire sa montre ». Quant à Figaro, on sait seulement qu'il a « une guitare sur le dos attachée en bandoulière avec large ruban. ». A propos des accessoires, il doit aussi avoir « un papier et un crayon à la main ».

 

CLEMENT. - Bon. Si on résume, le Comte est un haut personnage, noble, avec de l'argent et de beaux habits. En revanche Figaro est son opposé. Il est un artiste insouciant et n'a pas le sou.

 

BASTIEN. - C'est exactement ça ! Mais si tu es d'accord, je partirais bien sur une version un peu moderne. La pièce date du XVIIIe siècle ; pourtant ce serait intéressant de la moderniser. Ainsi on montrerait qu'une œuvre peut traverser les époques.

 

CLEMENT. - Tu veux changer le texte des répliques ?

 

BASTIEN. - Non, seulement moderniser l'ambiance à l'aide des vêtements et accessoires.

 

CLEMENT. - ça me va très bien, je te suis ! Quelles sont tes idées ?

 

BASTIEN. - Il faut trouver des détails qui permettent aux spectateurs de comprendre tout de suite qui sont ces personnages et à quelle classe sociale ils appartiennent. Voyons d'abord le Comte. Son aisance financière doit se voir au premier coup d'oeil. Par exemple, étant donné qu'il regarde l'heure, ce pourrait être non pas sur une montre mais sur un iPhone de dernière génération.

 

CLEMENT. - Très bonne idée !

 

BASTIEN. - D'autre part, il pourrait porter un costume très bien coupé, très élégant, avec chemise blanche et costume cravate, tout en noir. Je l'imagine même avec des lunettes de soleil, alors qu'il fait à peine jour, avec un style proche de celui de Will Smith dans Men in Black. Le tout sous un grand manteau noir et chapeau noir également. Aux pieds, il porte des chaussures pointues extrêmement bien cirées, très luisantes, afin que les spectateurs les remarquent de loin.

 

CLEMENT. - Et Figaro ?

 

BASTIEN. - Lui, c'est un artiste qui n'a pas les moyens de se payer de beaux costumes. Et en plus, cela ne l'intéresse pas du tout ! Le texte indique que « Le vin et la paresse » se partagent son cœur. Je voudrais donc que ce personnage ait l'air très négligé. Je le vois habillé en jean troué et un peu sale. Des poches aux genoux montreront qu'il porte ce jean depuis longtemps. Ses cheveux longs en bataille prouveront aussi qu'il n'a pas les moyens d'aller chez le coiffeur et qu'il ne pense même pas à passer un peigne dans ses cheveux. En plus du jean, je le verrais bien avec un gros pull de couleur verte ou orange. Une couleur criarde.

 

CLEMENT. - A la maison j'ai un vieux pull violet absolument horrible. Je suis certain qu'il ferait l'affaire ! Et pour les chaussures, tu l'imagines en baskets, bien sûr ?

 

BASTIEN. - J'y avais pensé mais je crois que j'ai une meilleure idée. Que dirais-tu de le faire entrer pieds nus ?

 

CLEMENT. - Ah oui ! En plus, le spectateur verra mieux qu'il a les pieds sales ! Et en ce qui concerne la musique ? C'est important car le personnage chante beaucoup dans cette scène !

 

BASTIEN. - Oui, d'ailleurs je me demande s'il ne faut pas le faire chanter faux. Ce serait amusant !

 

CLEMENT. Bof... Ce serait tout de même dommage car si c'est un véritable artiste, il n'y a aucune raison pour qu'il chante mal.

 

BASTIEN. - Très bonne remarque, c'est évident. Mais il faudra y penser pour le choix du comédien. Celui-ci devra chanter juste ! A part ça, que dirais-tu d'un reggae ?

 

CLEMENT. - Bien sûr ! Il faut un titre très connu, pour que le spectateur n'hésite pas une seule seconde et saisisse immédiatement la personnalité de Figaro. No woman no cry de Bob Marley ?

 

BASTIEN. - J'allais le proposer ! Tout le monde connaît ce titre, ça donnera tout de suite le ton du personnage, très cool ! Mais on est bien d'accord ? Figaro ne chante pas les paroles de la chanson de Bob Marley ! On conserve le texte de Beaumarchais « Bannissons le chagrin, Il nous consume : Sans le feu du bon vin » etc ; simplement ce texte sera dit sur l'air de No woman no cry.

 

CLEMENT. - Oui, c'est bien ce que j'imaginais aussi. D'ailleurs il faudra vérifier que ça marche. On fera des essais... Bon, récapitulons. Le décor, les costumes et accessoires, la musique. Que manque-t-il encore ?

 

BASTIEN. - La lumière. Le problème est que nous n'avons pas de projecteur digne de ce nom.

 

CLEMENT. - J'ai une idée ! Tu as parlé tout à l'heure de l'iPhone qui servira de montre au Comte. Il pourrait ainsi venir sur le plateau côté jardin avec l'iPhone en guise de lampe torche. Pour le spectateur, celui-ci verrait même d'abord la lumière de l'iPhone, ce qui entretiendrait une sorte de suspense, puis le Comte, visage caché dans son grand manteau.

 

BASTIEN. - Oui, je vois ça d'ici, ça fonctionnera très bien ! La salle sera plongée dans le noir. La lumière du téléphone sera la seule existente. Puis on allume franchement les deux spots du plateau au moment précis où Figaro entre en scène. Du coup, le public comprendra parfaitement qu'on se situe à la fin de la nuit. Etant donné que la première réplique du Comte est « Le jour est moins avancé que je ne croyais », ce sera cohérent. Dernière chose, à qui confie-t-on les rôles ?

 

CLEMENT. - La prof a dit qu'il y avait une réunion jeudi prochain entre midi et deux ; ça se décidera sûrement à ce moment-là. En tout cas, on a déjà bien avancé !