Commentaire rédigé (Le Barbier de Séville - Beaumarchais, 1775)

Parce que l'exemple est souvent plus parlant que les plus longues explications...

VOUS TROUVEREZ CI-APRÈS UN EXEMPLE DE COMMENTAIRE COMPOSÉ RÉDIGÉ.

Il est composé des éléments suivants :

- une introduction (avec la problématique mise en gras),
- une première partie développée en 3 paragraphes = une idée principale et 3 arguments pour appuyer cette idée principale, chaque paragraphe d'argument comportant des procédés stylistiques.
- une transition,
- une seconde partie développée en 3 paragraphes = une idée principale et 3 arguments pour appuyer cette idée principale, chaque paragraphe d'argument comportant des procédés stylistiques.
- une conclusion.

Pour plus de clarté, nous avons mis en couleur bleue tout ce qui permet d'articuler les idées, à savoir : l'introduction, la transition, les liens logiques, la conclusion.
Nous avons aussi choisi la couleur rouge pour mettre en évidence les idées principales, c'est-à-dire les idées des "parties" du commentaire.
Les arguments, qui détaillent l'idée principale et la justifient, sont notés en vert. Les procédés stylistiques sont mis en valeur en violet.

Bien entendu, sur votre copie, vous n'écrivez qu'en noir (ou en bleu) mais certainement pas en utilisant plusieurs couleurs ! C'est là qu'interviennent les alinéas et les sauts de ligne : ils servent au correcteur à bien comprendre la structure de votre devoir.

LE TEXTE ETUDIE est un sujet de bac donné en première technologique sur les deux premières scènes d'une pièce de théâtre :

Le Barbier de Séville (Beaumarchais, 1775)

Comme pour tout sujet de filière technologique, le commentaire doit être structuré en 2 parties et ces 2 parties sont indiquées sur le sujet.
Ainsi le sujet précise :

Vous commenterez le texte en vous aidant du parcours de lecture suivant :
- vous montrerez en quoi il s'agit d'une exposition de comédie
- vous étudierez comment Beaumarchais souligne l'opposition entre les deux personnages

LA PROBLEMATIQUE mise en place par l'élève est celle-ci :

Comment l'auteur parvient-il à nous faire comprendre dès les premières scènes qu'il s'agit d'une comédie ?

(mise en gras dans notre correction)

Le PLAN AU BROUILLON de l'élève est le suivant :

I / C'est une scène d'exposition de comédie
car
1/ Elle fixe le cadre spatio-temporel.
2/ Elle donne des informations sur les personnages.
3/ Il s'agit d'une comédie.
Transition : Le comique de cette scène d'exposition vient surtout de l'opposition marquée entre les deux personnages.

II/ Les deux personnages sont très opposés.
car
1/ Ils ne sont pas de la même classe sociale : l'un est riche, l'autre est pauvre.
2/ Ils se comportent différemment : l'un est discret, l'autre extraverti.
3/ Ils sont animés de sentiments différents : l'un est inquiet, l'autre joyeux.
Conclusion : retour à la problématique = une scène d'exposition comique, surtout grâce à l'opposition entre les deux personnages.

A partir de ce brouillon, voici la rédaction du commentaire, tel que présenté sur la copie...

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II/ ECRITURE : COMMENTAIRE COMPOSÉ

 

          Au théâtre, les premières minutes sont importantes. Dès le lever du rideau, le spectateur voit le décor. Puis il découvre les premiers personnages qui arrivent sur la scène. Les costumes de ces personnages, les accessoires qu'ils portent, leur attitude et leurs premières répliques servent de signes pour le public. Tous ces éléments renseignent sur l'identité et la personnalité des personnages. Ils définissent aussi une certaine atmosphère pour la pièce. Les scènes d'exposition sont donc particulièrement soignées par les dramaturges. C'est le cas justement du Barbier de Séville écrit par Beaumarchais en 1775. Comment l'auteur parvient-il à nous faire comprendre dès les premières scènes qu'il s'agit d'une comédie ? Nous verrons d'abord en quoi ces scènes 1 et 2 correspondent à une exposition de comédie. Nous étudierons ensuite l'opposition entre les deux personnages, qui participe justement à la tonalité comique de ce début de pièce.

 

          Ces scènes 1 et 2 de l'acte I correspondent à une exposition de comédie.

          Il s'agit en effet d'un début de pièce qui fixe, comme on s'y attend, le cadre spatio-temporel. En ce qui concerne le lieu, on apprend dans la didascalie initiale que la scène représente « une rue de Séville ». Le lecteur sait donc que la scène se passe dans la rue, en Espagne, à Séville. Le monologue du Comte le confirme quand il s'exclame « suivre une femme à Séville ». Il précise même qu'il est loin de « la cour » à « cent lieues de Madrid » et pense qu'avec son déguisement on pourrait le prendre pour un « Espagnol du temps d'Isabelle ». Concernant le cadre temporel, le lecteur-spectateur comprend que la scène se passe à l'aube car le Comte affirme dans sa première réplique : « Le jour est moins avancé que je ne croyais » Dès les premières répliques, le spectateur dispose par conséquent d'éléments qui lui indiquent le cadre spatio-temporel de la pièce qui va se dérouler sous ses yeux.

         De plus, ces deux premières scènes nous donnent des informations à propos des personnages. A ce propos, l'onomastique, c'est-dire le choix des noms, est significative pour le lecteur : le Comte n'a pas de nom et est désigné seulement par son titre. On ne peut donc pas avoir de doute sur son rang social. Il est noble. D'ailleurs sa fréquentation de la « cour » le prouve. Le personnage Figaro est également nommé dans la didascalie mais aussi par lui-même car il se félicite à voix haute en disant « Fort bien, Figaro ! ». Ici Beaumarchais utilise la double énonciation du langage au théâtre et la double destination des répliques. Les mots s'adressent en vérité non pas à Figaro mais au public, afin qu'il apprenne le nom de ce personnage. On observe d'ailleurs que l'auteur a choisi de faire apparaître les personnages non pas ensemble mais séparément, chacun s'exprimant par un monologue. De cette façon, le spectateur prend le temps de suivre et d'écouter chaque personnage et donc de le découvrir. Ainsi nous constatons que ces scènes 1 et 2 remplissent bien leur rôle d'exposition, à savoir la présentation des personnages.

          D'autre part, la pièce est une comédie. Rappelons qu'au XVIIIe siècle, la comédie se caractérise par des personnages bourgeois ou de petite noblesse, par un aspect comique et des sujets légers. Ici, dès les premières scènes, le spectateur comprend que ce ne sera pas une tragédie. En effet les personnages ne sont pas mythologiques ni historiques ni des personnes de très haut rang, le titre de Comte ne correspondant pas à un titre de noblesse considérable. D'autre part les thèmes abordés sont légers. Les champs lexicaux utilisés le prouvent. Ils abordent la recherche du bonheur, l'amour, le plaisir, donc des sujets caractéristiques de la comédie. Les mots « bonheur », « coeur » et « plaisir » sont ainsi présents à la fois dans les répliques du Comte et de Figaro. Le ton est léger dès ce début de pièce. La situation est d'emblée comique puisque chaque personnage se méfie de l'autre. Dès qu'il l'aperçoit, le Comte estime que Figaro est un « importun » et l'envoie au diable, parce qu'il le dérange. De son côté, Figaro réagit quand il voit le Comte et le désigne comme « cet abbé-là » qu'il aurait déjà vu quelque part. Ceci est un comique de situation. Par l'emploi de ces mots et des réactions des personnages, le spectateur comprend que la pièce le fera sourire.

 

          Il s'agit donc bien de l'exposition d'une comédie. Cependant le comique vient surtout du contraste marqué entre les deux personnages. Nous étudierons cette opposition en deuxième partie.

 

          Les personnages de cette scène d'exposition s'opposent en tous points.

          En effet le Comte et Figaro n'appartiennent pas à la même catégorie sociale. L'un est riche et l'autre est pauvre. L'onomastique le prouve. Le Comte est un noble. Il dit qu'il fréquente « Madrid et la cour ». D'ailleurs son langage est courant voire soutenu. Au contraire, Figaro n'est qu'un homme ordinaire. Il n'a qu'un seul nom et aucun titre. Il s'exprime simplement. Quand il commente sa chanson, il s'emporte par exemple dans une phrase exclamative : « ceci ne va pas mal, hein, hein ! ». L'expression relâchée « pas mal », de même que « Fi donc ! » ou encore l'interjection « Eh ! » et le juron « parbleu » relèvent du langage familier. Les deux hommes n'ont donc pas reçu la même éducation.

          De surcroît, les personnages ont des comportements radicalement différents. L'un est discret, l'autre adopte une attitude extravertie. Le Comte se cache. La didascalie montre qu'il est « seul, en grand manteau brun et chapeau rabattu ». Le grand manteau et le chapeau rabattu l'aident à ne pas dévoiler son identité. Le Comte désigne d'ailleurs ces vêtements comme étant un « déguisement » car il ne veut pas être reconnu par « quelque aimable de la cour », le nom « aimable » étant sans doute ironique. Figaro au contraire arrive à découvert, « une guitare sur le dos » et « chantonne » comme la didascalie le précise. Il signale donc sa présence à tous et ne se cache pas. La guitare « en bandoulière » indique qu'il est un artiste, un poète. Figaro plusieurs fois chante ; la répétition du mot "chanter" le souligne : « Il chantonne », « Il chante », « écrit en chantant », « Il écrit en chantant ». Pour écrire et être plus à l'aise, il n'hésite pas à poser « un genou en terre ». Quand il est content de ses propres trouvailles, il se félicite avec la phrase exclamative non verbale « Fort bien, Figaro ! », se nommant lui-même. C'est un extraverti, qui agit avec sincérité. Il s'oppose donc d'emblée au Comte dans son comportement.

          En outre ces différences extérieures montrent deux tempéraments opposés. Les personnages ne sont pas animés par les mêmes sentiments : l'un est inquiet, l'autre est joyeux. D'un côté le Comte est inquiet. La didascalie précise qu'il « tire sa montre en se promenant », le gérondif « en se promenant » indiquant une certaine durée. Le champ lexical du temps occupe justement les pensées du personnage avec les mots « Le jour est moins avancé », « l'heure », « trop tôt », « manquer l'instant ». Le Comte a à la fois peur d'être vu et peur de ne pas voir Rosine. Son exclamation « Au diable l'importun » en fin de monologue montre qu'il est nerveux, prêt à s'emporter pour un rien. En vérité il est amoureux et cherche à obtenir « le cœur de Rosine », une femme pourtant à qui il n'a « jamais parlé ». Son objectif est de fuir les « plaisirs si faciles » car il est « las des conquêtes » qu'il obtient « sans cesse ». Figaro en tous ces points est donc son strict contraire. Il est joyeux et chantonne « gaiement ». Cet adverbe et le fait de chanter prouvent sa bonne humeur. Lui n'a peur de rien, pas même des « messieurs de la cabale ». Il compose une chanson en vers rimés, avec quatre vers en rimes croisées suivis de quatre vers en rimes suivies. Plutôt que de penser à une femme, il ne songe qu'au « vin », au « plaisir » et à la « paresse » donc à des plaisirs faciles. Comparé au Comte, l'homme paraît donc plus pauvre mais plus fort moralement, riche de sa volonté, de son imagination artistique et de sa bonne humeur.

 

          Ainsi ce début de pièce est réussi. Beaumarchais pose dès les premières scènes le cadre, le lieu, le temps, le ton. Il joue sur les oppositions des personnages pour éveiller la curiosité du spectateur et le faire sourire. Le public alors s'interroge sur la suite et se demande ce qui va se produire quand le Comte et Figaro s'adresseront la parole, eux qui paraissent tellement opposés.