Analyser une BD

Généralités pour l'analyse d'une bande dessinée

L'analyse d'une bande dessinée se mène comme celle de tout texte littéraire. Il faut étudier le contexte d'écriture, la conduite de l'intrigue avec son schéma narratif, étudier les personnages avec leurs caractères et les relations entre eux, et bien sûr s'interroger sur les significations et interprétations possibles de l'oeuvre.

Toutefois la bande dessinée ne se réduit pas à une histoire : la présence de l'image est évidemment à prendre en compte ainsi que le traitement de cette image.

La bande dessinée est donc à la fois texte littéraire, dessin et cinéma. C'est un art à part entière. On l'appelle d'ailleurs le « 9ème art » !

L'image et le texte ne doivent pas être étudiés seulement séparément : c'est l'association image ET texte qui fait sens. Ce sens est à construire pour chaque vignette, chaque bande et chaque planche.

La planche

Une planche correspond à une page entière d'une bande dessinée. Elle comprend entre deux et quatre bandes superposées. À noter que la plupart des albums classiques français ou belges présentent un volume de 44 planches par album, donc 44 pages.

Une bande, appelée aussi appelée « strip », est la succession horizontale de plusieurs cases ou vignettes. Souvent, il y a entre une à six images par bande horizontale.

La case, nommée également vignette, est l'espace encadré où est dessiné un moment de l'action. La forme courante des vignettes est le carré ou le rectangle. Généralement ce cadre est marqué d'une bordure : un trait noir représenté par une ligne simple ou un trait épais, ou bien des hachures, des dentelures, etc.

À l'intérieur d'une même planche, les vignettes peuvent être groupées en sous-ensembles selon divers critères : présence d'un même personnage ou d'un même décor, couleurs semblables, suivi et développement d'une même action, etc. Quand ces vignettes présentent une même forme et une même dimension et qu'elles se suivent, elles favorisent une lecture rapide voire accélérée.

Les cases horizontales, étirées en longueur, sont souvent utilisées pour représenter des espaces descriptifs. En revanche, des vignettes verticales marquent généralement une insistance : présence d'un élément perturbateur ou sorte d'arrêt sur image. Parfois le sujet déborde du cadre : cette rupture de la norme est à étudier ! Elle manifeste forcément une intensité particulière.

Le tracé du trait est net ou bien brossé par touches successives. Le dessinateur privilégie la ligne droite, oblique, ou bien courbe ou encore brisée... Les couleurs peuvent être séparées par de fins traits noirs.

Il faut aussi être attentif à la calligraphie employée. La forme des lettres, leur volume, la typographie, le caractère manuscrit ou dactylographié, donnent une valeur expressive supplémentaire au contenu du message verbal ou sonore.

Les vignettes

Étude de l'image de la vignette

Chaque image de vignette fait l'objet d'une composition précise, avec des couleurs ou des contrastes en noir et blanc, des lignes de fuite, des lignes de force, une composition selon un axe vertical ou horitontal, ou encore accompagnant la lecture naturelle de l'image en Z. Tout ceci est à remarquer et à étudier.

L'image, statique ou dynamique, adopte aussi un certain angle de vue : frontal, en plongée ou en contre-plongée. Elle présente son sujet selon un plan choisi : plan d'ensemble, américain, rapproché, gros plan, très gros plan...

En ce qui concerne les couleurs, si leur choix est non conforme à la réalité, il faut s'interroger. Cela cherche souvent à créer un climat étrange, par exemple un univers merveilleux ou inconnu.

L'étude de ces différentes images est ensuite à replacer dans son ensemble : la bande et même la planche.

Étude du texte dans la vignette

Parfois la vignette présente une indication de lieu ou de temps qui sert à situer l'action : « Quelques heures plus tard... » ou « Pendant ce temps-là... ». Cette indication spatio-temporelle du narrateur se nomme un récitatif. Les récitatifs se situent généralement en haut des vignettes, dans une petite bande verticale appelée «un cartouche ».

Les personnages expriment leurs énoncés dans des espaces qui sont généralement de forme circulaire ou arrondie et qu'on nomme des bulles ou ballons ou encore phylactères. La bulle est toujours reliée à un personnage : par un trait continu, il s'agit de ses paroles ; par des petits cercles, le texte correspond à ses pensées.

Les onomatopées sont régulièrement employées dans les bandes dessinées. Elles constituent leur bruitage. Généralement elles ne s'inscrivent pas dans un phylactère mais dans l'espace de la vignette, pour montrer la résonance du bruit.

D'autres éléments sont également à étudier, comme dans tout texte littéraire : les répétitions de sonorités, appelées assonances et allitérations, les connotations et dénotations du lexique employé, les jeux de mots, les figures de style, les images poétiques, etc.

(BD photographiée : celle d'Yvan Pommaux Angelot du Lac - T1)